Robert Palmer, Fin D'un Dandy Colonial

Publié le 26 Août 2010

Consacré par la pub, le charmeur funk blanc anglais est mort à Paris, à 54 ans.

 

Ses deux plus gros succès sont des classiques de la... publicité. Le premier, Every Kinda People, servant de support funky à une campagne de promotion universelle en faveur de la bière Heineken ; le second, Johnny And Mary, illustrant des images de réclames en faveur des automobiles Renault. Robert Palmer était d'ailleurs conscient de l'ironie de cette situation, lui qui avait entamé sa vie professionnelle comme illustrateur, sous l'influence conjuguée de Man Ray et Edward Hopper. «Je ne tiens pas à devenir une star», avait-il coutume de répéter. Ajoutant malicieusement : «De toute façon, je n'ai aucune chance, je ne suis ni idole des jeunes ni drogué.»

Fils d'un militaire attaché à la Navy, Robert Palmer était en fait un esthète. Dandy colonial nourri de musique noire à une époque où la majorité de ses compatriotes anglais ne juraient encore que par Cliff Richard, les Shadows ou le skiffle. «Une horreur, disait-il, pour moi le vrai rock, c'était ce qu'on appelait soul music. Si j'ai toujours porté des costumes sur scène, c'est en hommage à ces musiciens que je révérais. Nat "King" Cole et Otis Redding ne s'affichaient pas en jean et blouson de cuir, que je sache.»

«Fluidité décorative»

Cette passion pour la distinction noire a vu le jour à Malte, où Robert Palmer, natif du Hampshire, a vécu jusqu'à l'âge de 12 ans. «Mes parents écoutaient des bandes magnétiques de Lena Horne et de Billie Holiday, expliquait ce gentleman des îles, de sorte que je n'avais pas la moindre idée de ce à quoi elles ressemblaient. J'ai longtemps cru qu'Otis Redding était une femme. J'aimais l'imiter. Plus que Marvin Gaye, ou Stevie Wonder dont j'appréciais la fluidité décorative des choeurs, malgré la nullité de ses textes.»

A 19 ans, Robert Palmer quitte Scarborough, où sa famille a déménagé («Cela m'a été pénible d'abandonner Malte pour l'Angleterre»), pour intégrer l'orchestre soul jazz d'Alan Bown, qui l'a repéré au sein de Mandrake Paddle Steamer, son premier groupe, spécialisé dans le répertoire Motown. Palmer rejoint ensuite Dada, semi-big band (douze chanteurs et musiciens) tenté par l'expérience jazz rock, dont sortira Vinegar Joe, combo rhythm'n blues qui voit Palmer duettiser avec Elkie Brooks.

Carrière solo

Après trois 33 tours gravés pour Island, entre 1971 et 1973, Vinegar Joe se saborde. Encouragé par Chris Blackwell, patron du label, Robert Palmer se lance dans une carrière solo qui va le conduire à côtoyer le pianiste Allen Toussaint, le guitariste de Little Feat Lowell George et le batteur Bernard «Pretty» Purdie. Attentif aux courants nouveaux, il enregistre ensuite à la Jamaïque, chez Lee Perry («Tous les zozos du coin défilaient pour se gausser du "white boy"»), revisite le Bad Case Of Loving You de Moon Martin (pour qui il produira un album synthétique), fréquente Gary Numan et fonde The Power Station, supergroupe éphémère (tube : une reprise du Get It On de T-Rex).

Recadré rock dès 1986, il publie Riptide, contenant le single Addicted To Love, numéro 1 aux Etats-Unis. Sur la lancée, entre deux clips proto Miami Vice, il participe à la BO de Pretty Woman (1990), réaménage Dylan en reggae (avec UB40), rend hommage à Marvin Gaye et s'offre le plaisir d'enregistrer, soutenu par un grand orchestre, ses thèmes swing préférés. «J'ai toujours fait de la musique pour plaire à moi avant de plaire au public» rappelait-il récemment (en français) à un journaliste en Suisse, pays où il vivait depuis 1987.

De passage à Paris, au sortir d'une télé anglaise, Robert Palmer a succombé vendredi matin à un infarctus que rien ne laissait présager (une enquête est en cours). Il avait 54 ans.

 

Serge Loupien (Libération - Septembre 2003)

 

Rédigé par olivier

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