Regain De Tension: Nouvel Entretien Exclusif Avec Marie Léonor

Publié le par olivier

Regain De Tension: Nouvel Entretien Exclusif Avec Marie Léonor

A l'occasion de la réédition digitale de son deuxième album 'Haute Tension' (qui contient la reprise de 'Johnny And Mary' en français) mais aussi des singles suivants produits par Robert Palmer, la chanteuse Marie Léonor a accepté de plonger à nouveau dans ses archives et ses souvenirs de la période 1980-85 pour répondre à mes questions.

Contrairement au premier album, qui n'était qu'un assemblage de chansons préexistantes sélectionnées par vos productrices, celui-ci a été conçu et écrit pour vous. La plupart des morceaux sont signés par le tandem Boris Bergman (pour les paroles) et Paul Ives (pour la musique). Vous rappelez-vous qui a proposé le nom de Boris Bergman?

Marie Léonor: C'est Nadine Laïk, une de mes productrices de l'époque, qui avait un contact avec Boris.

Le connaissiez-vous déjà?

ML: Oui, bien sûr, je connaissais 'Gaby' (un des tubes de l'année 1980) et tout son travail avec Alain Bashung.

Vous sentiez-vous en phase avec son style d'écriture très particulier, fait de jeux de mots et d'expérimentations linguistiques, parfois à la limite du non-sens?

ML: Les textes qu'il m'a proposés pour 'Haute Tension' m'ont paru originaux. Même s'ils étaient un peu abstraits, ils me changeaient de ceux que j'avais chantés sur le premier album. Ses jeux de mots m'amusaient bien évidemment. Ces paroles où ils mettaient des messages en creux... Cela représentait une évolution pour moi; c'était une étape importante.

Avez-vous collaboré directement avec lui lors de cette phase d'écriture? Avez-vous eu votre mot à dire sur les thèmes des chansons? Sur le contenu de certains textes?

ML: Oui, nous avons collaboré. Il venait me soumettre les textes... mais je n'avais pas l'idée de changer quoi que ce soit! J'étais jeune et admirative de son travail. Je l'ai suivi en toute confiance. Aujourd'hui, avec le recul, je pense que ces textes beaux et poétiques étaient aussi un peu hermétiques pour les gens et, surtout, qu'ils ne parlaient pas vraiment de moi.

Les musiques de Paul Ives sont-elles venues avant ou après les paroles de Bergman?

ML: Les musiques étaient déjà composées par Paul, je pense...

Vous-même avez écrit deux textes pour l'album: 'Ton Mari, Lou' et 'Vertigo'. Comment jugez-vous aujourd'hui ces deux premières tentatives? En quoi pensez-vous avoir été influencée par Bergman?

ML: Je trouve ces deux textes légers mais c'était ce que j'avais à exprimer alors. Il me semble que Bergman a eu plus d'influence pour les textes de mon troisième album 'Pas Déranger' où j'étais plus dans la métaphore, le caché, avec un petit côté étrange aussi. Plus difficile à capter peut-être...

Vous souvenez-vous des séances d'enregistrement, sous la direction artistique de Claude Engel (membre du groupe Magma et musicien de studio réputé)? Vous sentiez-vous plus en confiance que sur votre premier album?

ML: Oui. Je me souviens d'une très bonne ambiance avec les musiciens. Claude Engel était très sympathique, très carré. Il connaissait bien son travail. Tous ses arrangements me semblaient aussi très novateurs. Il a créé un chouette univers pour cet album et je lui en suis très reconnaissante.

Les trois disques de Marie Léonor associés à Robert Palmer

Les trois disques de Marie Léonor associés à Robert Palmer

Quand est-ce que Boris Bergman vous a apporté son texte de reprise de 'Johnny And Mary'?

ML: Je crois que c'était au milieu du travail que nous faisions sur l'album. Il connaissait l'éditeur de la chanson de Palmer et c'est comme cela qu'elle est arrivée.

Comment Palmer a t-il découvert votre version? Vous souvenez-vous de sa réaction, de ses mots à son écoute?

ML: Dans un premier temps, je n'ai pas eu de réaction directe de sa part mais par médias interposés: il m'a dédicacé sa chanson lors de passages télé, puis son manager nous a donné des places pour que nous assistions à son concert au théâtre Mogador (à Paris, le 8 octobre 1980). J'en ai donc déduit qu'il appréciait ma version et c'est ce qu'il m'a confirmé par la suite. Quand nous avons dîné ensemble avec toute l'équipe après le concert, il m'a félicitée. Je ne me souviens plus de ses mots exacts mais il était étonné de la façon dont je chantais sa chanson et il aimait beaucoup la sonorité de la langue française. Je sentais qu'il appréciait quand je lui parlais en français. Je me souviens d'une citation qui m'était venue dans la conversation, "l'amour a ses raisons que la raison ignore", qu'il répétait en souriant...

'Johnny Et Marie' est sorti en face B du 45T 'Haute Tension'. Qu'est-ce qui a finalement fait basculer la promotion du côté de cette reprise?

ML: Je pense que c'est le succès en France de la version originale de Palmer... et puis les radios ont aussi plutôt choisi ce titre.

Comment s'est organisée la promotion de la chanson en duo avec Robert Palmer à la télévision?

ML: Je crois que c'est pour une émission d'Eve Ruggieri qu'ils ont eu l'idée d'une version bilingue. Je n'ai pas trop de détails car, à l'époque, mes productrices géraient tout et tout allait très vite!

Dans une interview peu après la sortie du disque, vous déclariez que 'Télescope' était votre chanson préférée sur l'album? Est-ce toujours le cas?

ML: Oui; J'adore l'arrangement, le son, cette espèce de boucle hypnotique des claviers.

Quelles sont les autres chansons qui ont votre préférence sur ce deuxième album?

ML: 'Haute Tension' est une des chansons que j'aime aussi. C'est peut-être, en creux, celle qui parle le plus de moi et de mes tourments du moment... Je trouve le texte très poétique. Le passage "être pour ainsi dire une boîte dans la main d'un enfant" me parle... Boris avait perçu là quelque chose car je ne parlais jamais de moi... J'aime aussi 'Coeur Qui Cogne', écrit par Bob Decout qui avait des textes plus directs.

Marie Léonor avec Robert Palmer et Paul Ives au studio Hit Factory à New York (1981)

Marie Léonor avec Robert Palmer et Paul Ives au studio Hit Factory à New York (1981)

Robert Palmer ayant proposé de produire votre disque suivant, 'Enroule Moi', vous vous êtes envolée pour les Etats-Unis et avez enregistré au célèbre studio Hit Factory de New York. Quels souvenirs en gardez-vous?

ML: C'était la première fois que j'allais à New York; c'était magique pour moi, bien sûr! Je suis partie avec mes productrices et Paul Ives qui était anglais, ce qui facilitait les échanges. Palmer était déjà sur place, avec sa famille. Les musiciens étaient excellents. Ils jouaient avec une telle facilité, à un tel niveau... On a passé plusieurs jours entre le studio et l'hôtel sans finalement voir grand chose de la ville. Mais j'en ai quand même senti l'énergie.

Sur des photos, on vous découvre aux côtés de Palmer derrière la console de mixage du studio. Après l'enregistrement de votre voix, êtes-vous restée pour suivre le processus de production ou avez-vous laissé Palmer et ses équipes travailler de leur côté?

ML: Nous avons assisté au mixage du titre avec lui pendant une journée et après nous sommes rentrés en France avec la bande.

Sur la pochette du disque, Robert Palmer n'est crédité qu'à la production mais on peut l'entendre dans les choeurs, non?

ML: Oui, il a chanté les refrains sur 'Enroule Moi'.

Le deuxième 45T qu'il a produit pour vous, 'Baby-O-Babe', a cette fois été enregistré à Paris. Toujours avec ses musiciens habituels?

ML: Il y avait Dony Wynn à la batterie et Jack Waldman (disparu en 1986) aux synthétiseurs. Palmer avait aussi invité le bassite Mick Karn (membre du groupe Japan, décédé en 2011) qui a créé une intro magnifique sur ce titre.

Jusqu'à quand êtes-vous restée en contact avec Robert Palmer? Sous quelles formes?

ML: Nous avons échangé notamment par lettres. Il me parlait de son travail, me proposait des titres inédits qu'il pensait être bien pour moi... Il m'a même envoyé une cassette avec une version de 'Some Guys Have All The Luck' qu'il chantait lui-même en français et qu'il me proposait de reprendre! (Intitulée 'Les Planches', cette démo a depuis été publiée en titre bonus sur une réédition de l'album 'Riptide' en 2013 et dans le coffret 'The Island Records Years' en 2023). J'avoue qu'à l'époque, je trouvais que ces titres ne me convenaient pas trop... Les échanges ont cessé en 1985.

Extrait d'une lettre de Robert Palmer à Marie Léonor en janvier 1985

Extrait d'une lettre de Robert Palmer à Marie Léonor en janvier 1985

1985: une année charnière dans la carrière de Robert Palmer. Dans une de ses dernières lettres - toujours manuscrites - adressées à Marie Léonor, le chanteur explique: "Je suis actuellement au beau milieu de deux projets concomittants: mon propre disque (je me suis trouvé un producteur) et une collaboration avec quelques amis qui s'appelle 'The Power Station' et qui sortira en mars." Fin avril 85, il annonce: "J'ai fini l'enregistrement de mon propre album (qui s'appellera 'Riptide') et je pars en tournée aux Etats-Unis avec 'The Power Station'." On sait aujourd'hui qu'il renoncera finalement à cette tournée pour se concentrer sur sa carrière solo, avec un succès retentissant.

1985:  une année particulière également pour Marie Léonor, dont la carrière n'a pas vraiment décollé mais qui se voit confiée une mélodie par le compositeur Romano Musumarra sur laquelle elle va poser ses mots, inspirés de son histoire récente et des émotions qu'elle a traversées. La chanson 'Ouragan' qu'elle espérait interpréter sera finalement offerte à la Princesse Stéphanie de Monaco qui en fera un énorme tube international.

Extrait d'une autre lettre de Robert Palmer à Marie Léonor en avril 1985

Extrait d'une autre lettre de Robert Palmer à Marie Léonor en avril 1985

Propos recueillis en novembre 2025.

Merci (encore!) à Marie Léonor Barral pour ses réponses franches et le partage (en exclusivité) d'extraits de sa correspondance avec Robert Palmer. La majeure partie de sa discographie est désormais disponible sur toutes les plateformes.

Marie Léonor en 1984

Marie Léonor en 1984

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article